12 janvier 2008
GAVROCHE /1820-1832
Les Misérables
Gavroche rampait à plat ventre, galopait à quatre pattes, prenait
son panier aux dents, se tordait, glissait, ondulait, serpentait d'un mort à
l'autre, et vidait la giberne ou la cartouchière comme un singe ouvre une noix.
De la barricade, dont il était encore assez près, on n'osait lui crier de
revenir, de peur d'appeler l'attention sur lui.
Sur un cadavre, qui était un caporal, il trouva une poire à poudre.
- Pour la soif , dit-il, en la mettant dans sa poche.
A force d'aller en avant, il parvint au point où le brouillard de la fusillade
devenait transparent.
Si bien que les tirailleurs de la ligne rangés et à l'affût
derrière leur levée de pavés, et les tirailleurs de la banlieue massés à
l'angle de la rue, se montrèrent soudainement quelque chose qui remuait dans la
fumée.
Au moment où Gavroche débarrassait de ses cartouches un sergent gisant près
d'une borne, une balle frappa le cadavre.
- Fichtre ! fit Gavroche. Voilà qu'on me tue mes morts.
Une deuxième balle fit étinceler le pavé à côté de lui. Une troisième renversa
son panier. Gavroche regarda, et vit que cela venait de la banlieue.
Il se dressa tout droit, debout, les cheveux au vent, les mains sur les
hanches, l'oeil fixé sur les gardes nationaux qui tiraient, et il chanta :
On est laid à Nanterre,
C'est la faute à Voltaire,
Et bête à Palaiseau,
C'est la faute à Rousseau !
Puis il ramassa son panier, y remit, sans en perdre une
seule, les cartouches qui en étaient tombées, et, avançant vers la fusillade,
alla dépouiller une autre giberne. Là une quatrième balle le manqua encore.
Gavroche chanta
Je ne suis pas notaire,
C'est la faute à Voltaire,
Je suis petit oiseau,
C'est la faute à Rousseau.
Une cinquième balle ne réussit
qu'à tirer de lui un troisième couplet
Joie est mon caractère,
C'est la faute à Voltaire,
Misère est mon trousseau,
C'est la faute à Rousseau.
Cela continua ainsi quelque temps.
Le spectacle était épouvantable et charmant. Gavroche, fusillé, taquinait la
fusillade. Il avait l'air de s'amuser beaucoup. C'était le moineau becquetant
les chasseurs. Il répondait à chaque décharge par un couplet. On le visait sans
cesse, on le manquait toujours. Les gardes nationaux et les soldats riaient en
l'ajustant. Il se couchait, puis se redressait, s'effaçait dans un coin de
porte, puis bondissait, disparaissait,
reparaissait, se sauvait, revenait, ripostait à la mitraille par des pieds de
nez, et cependant pillait les cartouches, vidait les gibernes et remplissait
son panier. Les insurgés, haletants d'anxiété, le suivaient des yeux. La
barricade tremblait ; lui, il chantait. Ce n'était pas un enfant, ce n'était
pas un homme ; c'était un étrange gamin fée. On eût dit le nain invulnérable de
la mêlée. Les balles couraient après lui, il était plus leste qu'elles. Il jouait
on ne sait quel effrayant jeu de cache-cache avec la mort ; chaque fois que la
face camarde du spectre s'approchait, le gamin lui donnait une pichenette.
Une balle pourtant, mieux ajustée ou plus traître que les autres, finit par
atteindre l'enfant feu follet. On vit Gavroche chanceler, puis il s'affaissa.
Toute la barricade poussa un cri ; mais il y avait de l'Antée dans ce pygmée ;
pour le gamin toucher le pavé, c'est comme pour le géant toucher la terre ;
Gavroche n'était tombé que pour se redresser ; il resta assis sur son séant, un
long filet de sang rayait son visage, il éleva ses deux bras en l'air, regarda
du côté d'où était venu le coup, et se mit à chanter
Je
suis tombé par terre,
C'est la faute à Voltaire,
Le nez dans le ruisseau,
C'est la faute à...
Il n'acheva point. Une
seconde balle du même tireur l'arrêta court. Cette fois il s'abattit la face contre le pavé,
et ne remua plus. Cette petite grande âme venait de s'envoler.
07 janvier 2008
Les Korrigans
Nikolaz Le Corre est illustrateur indépendant depuis 1985.
Il est titulaire d’un diplôme supérieur d’expression plastique acquis à l’institut d’art visuel d’Orléans, diplôme dont le sujet était déjà les personnages des légendes bretonnes.
Depuis dix ans, il axe son travail essentiellement sur ce thème.

Parchemin et montage réalisé par Mike

Parchemin et montage réalisé par Mike
Parchemin et montage réalisé par Mike

Parchemin et montage réalisé par Mike

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